ARTICLE BAD ASS T.1 DEAD END HANNA/BESSADI/GEORGES 6:6:14
Le principe de l’anti-héros est aujourd’hui assez bien ancré dans les divertissements d’images mais si nous arrivons facilement à nous identifier à ces derniers, c’est parce qu’ils gardent en eux une part d’humanité. Dans le comics BAD ASS, le dénommé Jack Parks, alias Dead End, est atrocement, détestablement mauvais. Et l’adjectif est trop faible pour lui rendre honneur. Le scénario du 1er tome intitulé « Dead End » jongle entre le présent de l’assassin amoral de la pègre locale et l’adolescent revanchard qui se venge de tous ceux qui l’ont malmené. On y découvre, peut être trop en coup de vent, les personnages qui font l’entourage du héros et d’ailleurs (et c’est peut être la raison), ils ne sont pas nombreux à survivre à l’aisance meurtrière de Dead End. La plume est acérée, le ton est celui de l’humour noir et on frissonne de bonheur devant les horreurs faites et surtout pensées par Dead End. Dès la 1ere planche, le style est donné et il est vraiment impossible de décrocher. La 93e page, la page finale de ce 1er tome , vous laisse hagard, amusé bien qu’un peu choqué. Dans cette petite centaine de planches, l’hémoglobine jaillit avec autant d’élan que le style enlevé et énergique du récit. L’illustration est bien sûr un bel hommage rendu aux comics US. La physionomie des personnages, leurs traits et comportements faciaux, le contexte citadin ou scolaire sont tant travaillés que connus… Ce que je ne réprouve pas du tout. Il y a même selon moi, une précision et une structure du trait qui manquent à la BD américaine. La vision de l’ensemble est plus facile à aborder et ne nuit pas à la précision des détails qui valent vraiment l’arrêt sur image. Je connais bien des personnes qui sont incapables de comprendre le bonheur de relire une BD même si elle leur plaît beaucoup. Mais, je leur dirai, que ce tome mérite bien des relectures pour s’apercevoir du fourmillement d’éléments visuels amusants que l’on ne saurai découvrir en une seule fois. Le seul reproche que je pourrai formuler est le suivant. Le dessin me semble un peu trop figé. Il manque, selon moi, aux scènes de mouvement (duels ; explosions etc) des sortes de débordements, d’affranchissement des cases délimitatrices. J’aurai aimé être emportée par la frénésie des évènements dramatiques, frissonner devant les carambolages apocalyptiques de la circulation, suivre rêveusement les acrobaties de Requiem (ndlr rivale du héros) et de Dead End. Reste la couleur… J’aime à vanter ce travail qui est souvent oublié, lorsque dans certaines séries, on est emporté dans un tourbillon de nuances de couleurs qu’il est impossible de nommer. Ici la démarche est celle d’une fidélité à la palette habituelle des comics. A dominante beige, rouge et noire, les pages offrent toutefois un visuel agréable même s’il ne m’a pas arraché d’exclamations d’émerveillement. Pour résumer, le tome 1 de Bad Ass agréablement balancé par les travaux du scénariste Herik Hanna, du dessinateur Bruno Bessadi et du coloriste Gaétan Georges est une petite pépite à suivre. Un habile mélange d’ironie sordide, de fun et de drama qui accorde de bons moments de lecture (et donc de relecture !). Le tome 2 The Voice est sorti, je vous en parlerai donc bientôt avec certainement le même plaisir. A suivre le tome 3 Who’s the boss ?

thorclim