Lorsqu’un trop plein d’émotion se fait sentir, devient envahissant, prendre un peu de temps pour écrire permet de se libérer l’esprit. Si trop de soucis flottent dans ma tête quand vient le soir, les coucher sur le papier me permet de retrouver le sommeil. Certains écrivains cherchent donc les mots justes pour exprimer un ressentis précis et puissant. Ils désirent ardemment retranscrire une réalité qui s’échappe, se dépérit avec le temps. C’est un moyen de revivre avec intensité des morceaux de vie, de les figer à jamais dans toute leur beauté du moment. La tenue d’un journal intime aide à développer son art et à connaître ses émotions, à se connaître soi-même.

Une autre passion d’écrire peut, au contraire, se développer dans le but de ressentir des émotions plus fortes que ce que la vie peut nous offrir. L’écriture devient alors une quête pour imaginer des situations, scénarios qui nous enflammerait l’esprit. Un simple stylo devient alors un formidable laboratoire permettant toutes les mises en scènes possibles. De quelques mots vous créez votre amant idéal ou affublez de malheurs tout ceux que vous détestez. Le monde vous appartient car vous le forgez en alignant les mots un à un comme un fil qui vous permet de tisser et donner corps à une nouvelle réalité, la votre.

Cette dernière façon d’utiliser l’écriture est celle que j’affectionne. Elle permet de comprendre intimement comment naissent les impressions dans l’esprit des gens et le mien. Chaque jour, je découvre quels sont les détails insignifiants, les minuscules signaux qui nous font penser qu’une situation est réelle, qu’une personne est charmante ou qu’il vaut mieux prendre les jambes à son cou sans délais. J’ai ainsi l’impression, petit à petit, de percer le secret de la nature humaine, de maîtriser l’opinion du lecteur, d’être capable de convaincre.

par Franck Sublum